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Parce qu'être parents n'est pas simple, une parenthèse un instant…


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L’instant – 24 février 2000

Jade, ma calinette, a 13 ans aujourd’hui.

L’occasion pour moi de revivre cette journée si particulière. Je pourrais tout vous raconter de mon accouchement, sauf qu’à l’époque, les accouchements étaient très loin d’être physiologiques. Donc loin d’être beau, émouvant. Juste un vieux gynéco qui vous fait une épisio parce que vous êtes rousse et que la peau de rousse ça craque c’est bien connu. Et qui vous pose 8 agrafes, oui des agrafes.

Cette journée a surtout marqué le moment où je suis passée de l’autre côté de la barrière. C’est le moment où je suis devenue mère. Le moment où toutes mes priorités ont changé. J’ai compris ce jour là que plus rien ne serait pareil.

Et pourtant. Pourtant ce n’est pas un choix que j’ai fait. Je suis tombée enceinte. Vraiment puisque je prenais la pilule. J’étais célibataire puisque séparée de celui qui est devenu le père de ma fille. Et puis cette soirée. Je ne me souviens pas d’avoir oublié ma pilule. Par contre ce soir là j’ai bu, fumé, rigolé et… 1 mois et demi plus tard, je rigolais moins. J’ai fait le test de grossesse dans les toilettes du Mac Do de Saint Michel. J’en suis sortie titubante et blanche comme un linge. Une touriste me demandera même « Are you OK ? » Ce n’était pas prévu. J’étais une jeune femme de 29 ans, qui ne voulait pas d’enfants, avec une pathologie assez lourde à gérer. Et surtout j’étais seule.

Pour autant, il n’a jamais été question pour moi d’avorter. Du côté de son père, ce fut une nouvelle très difficile à encaisser. Et je ne lui ai pas laissé le choix. Enfin si. Je lui ai proposé de ne pas s’en occuper. Il a décidé de rester. C’est tout à son honneur même si par la suite je m’en suis mordue les doigts.

Je me suis donc lancée dans l’aventure de la grossesse, de l’accouchement et de la maternité sans bien réfléchir. Et en fait, en dehors de l’accouchement, et des rapports avec le père qui se découvre une fibre paternelle exacerbé en fonction de son planning, je vais être une maman zen, décomplexée.

J’ai eu une grossesse facile si on ne retient pas les contractions qui commencent à la fin du 3ème mois et ne s’arrêteront jamais. En dehors de la clinique qui ne me parle que de péridurale alors que je veux tester sans. De ce gynéco qui me semblait si sympathique en dehors de son problème avec mon poids. Et surtout de cette si gentille sage femme qui poussera la perf de syntocinon parce que sa garde finit à 15h et qu’elle veut voir le bébé métis de la jolie rousse.

J’ai la chance d’avoir un corps fait pour accoucher. Jade arrivera à 14h26. Beau bébé de 3k400 pas souriante. Elle part très vite pour les soins auxquels je n’assiste pas. Le papa, plutôt que de participer filme. Pendant ce temps, le gynéco m’agrafe donc. Et me pose 2kg de sable sur le ventre. Mon utérus fait des siennes. Il contracte mal. Pas étonnant vu comment ils l’ont sollicité.

Avec ma fille, nous allons partager 6 ans de relation exclusive. Un allaitement génial, un cododo merveilleux, des siestes complices jusqu’à ses 3 ans. Elle me fait mère et me sauvera. Elle me donnera la force d’un géant.

Ce que je suis aujourd’hui c’est pour elle, grâce à elle.

Elle a 13 ans aujourd’hui. Bientôt une femme. Ma fille.

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L’instant – La peur

Vendredi fut une journée normale. Speed, les enfants, les courses, la vie. Avec un challenge en plus, je devais commencer le protocole donné par Anne Becquart pour que Sasha commence enfin à dormir seul dans son lit. Gros truc pour moi mais je suis prête et il est temps. Vendredi soir, il est temps. Une tétée sur le canapé, au revoir à tout le monde, une caresse sur le front. Une caresse sur un front bien chaud. Trop chaud. Prise de température. 39 ok. Cet enfant a tout compris. Une fièvre nécessite de reporter le protocole, il a trouvé le moyen de retarder ce sacripant. Il a droit à un sursis et dort avec moi.

La nuit est longue, agitée. Il pleure beaucoup. Le doliprane et le sein ne changeront pas grand chose.

Samedi, toujours fièvre. On rigole toujours. Quel coquin. Samedi soir 40. Non, finalement ce n’est pas une tentative de retarder le moment du dodo seul. La nuit sera pire. Il a mal, son ventre gargouille.

Dimanche, toujours fièvre. Et puis une selle dans l’après midi qui va me rappeler de bien mauvais souvenirs. Verte, gluante. Signe d’une infection intestinale. Et mon expérience de la salmonellose me fait tirer la sonnette d’alarme.

Lundi rendez vous chez le doc. Lui aussi pense à une salmonellose. Mais sans identification, il privilégie une infection intestinale bactérienne. Je dois récupérer une selle pour une coproculture (2ème instant glamour, si tu prends ton petit déjeuner, bon appétit) et entamer ensuite les antibiotiques. Ok on fait ça.

Sauf que mardi matin, toujours de la fièvre, et pas une selle. Enfin si, une mais tellement liquide que la couche l’absorbe comme de l’eau. Impossible à récupérer. Déjà ça ne ressemble plus à une salmonellose. Je téléphone à mon médecin pour avoir son avis. Il me rappellera dans l’après midi me dit son secrétariat. Mais mon mari s’inquiète. Il me demande de partir aux urgences. Je suis pas zen non plus. On part.

Aux urgences, on est très vite pris en charge. Et je tombe sur l’interne qui prend sa garde et qui a pas du tout envie. Je suppose que sur une jeune maman inquiète pour son 1er enfant, sa tentative de donner une leçon n’aurait pas eu de réponse. Je suis inquiète, mais j’ai 4 enfants, j’ai 42 ans et sa façon de me parler ne me convient pas. Surtout que ma priorité n’est certainement de savoir si lui ou mon médecin généraliste a raison. Il partira en claquant la porte.

Je ne le reverrai plus. Enfin, si. 4h plus tard. Et sa tête je l’aime pas. Tout comme j’aime pas qu’il soit accompagné du pédiatre que je connais. La peur vient se loger dans mon ventre. Elle fait son nid.

Le pédiatre m’annonce que les résultats sanguins de Sasha sont mauvais. Il a une très grosse anémie. Mais il a aussi une baisse très très importante de toutes les lignées blanches ainsi que des plaquettes. Que du coup il a demandé une analyse des réticulocytes (sortes de bébés cellules sanguines) et que eux aussi sont effondrés. En bref, Sasha présente une sidération médullaire. Sa moelle osseuse a cessé de fonctionner. Et le pédiatre espère qu’une infection virale est en cours et qui expliquerait ce problème.

Je vous la fais courte. Si le mot cancer ne fut jamais prononcé, l’inquiétude était là. Il fallait que cette sidération soit la conséquence d’une infection et non l’inverse. Au vu des symptômes, l’hématologue de l’hôpital de Bordeaux penche pour cette option. On veut bien la croire.

Mais en fait non. Des sérologies sont parties pour déterminer quel virus il porte. J’ai du retourner à l’hôpital ce matin car Sasha est toujours très douloureux et complétement apathique. Il dort beaucoup depuis ce matin. Il mange peu et du coup je lui donne des compléments alimentaires. Il a droit aussi à du fer, des vitamines et de l’acide folique.

Lundi, je retourne à l’hôpital pour refaire un bilan sanguin. Il faudra que ses résultats soient bons pour que je sois enfin rassurée. Que je crois finalement que non il n’a pas un cancer.

J’ai peur. Elle fait son nid. Cette expérience est sans doute l’une des plus difficiles de ma vie de maman. Sasha, c’est mon bébé chou. C’est mon adoré, mon adorable. Et d’un coup, je me suis vue le perdre.

Sur Twitter, vous avez été très nombreux à me soutenir, m’envoyer plein de positifs. Je n’ai pas pu vous remercier nommément tous. Je le fais ici.

Lundi, je vous annonce la bonne nouvelle. Car il ne peut en être autrement. La peur est là, elle n’empêche pas le combat.

 

Edit du 25 février : Son bilan est bon. Sa formule sanguine se normalise. Reste son anémie à traiter. TOUT VA BIEN