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Parce qu'être parents n'est pas simple, une parenthèse un instant…

L’instant – 25 mars 2012

6 Commentaires

Le jour de mon terme théorique était le 21 mars. Sauf qu’il n’était pas du tout décidé à sortir.

A partir du 21, je me suis donc rendu à ma maternité pour faire des monitos de contrôle. L’écho faite ce jour là me prévoit un bébé de 4kg. Avec une marge de 10% je table sur 3kg600. Ici, ils déclenchent à J+4 donc à suivre.

Arrive le dimanche 25 et j’ai toujours mon gros bidon. Très gros bidon. La preuve : C’est une photo prise à la maternité, le jour du déclenchement.

dimanche 25 mars

 

J’ai perdu un bout du bouchon muqueux (instant glamour du jour) et je sais que les choses vont pas tarder à se lancer. Mais j’ai rendez vous à8h30, ils m’attendent, on y va.

Heureusement, la sage femme du jour est une amie. C’est avec elle que j’ai accouché d’Aïnhoa, elle nous connait bien et elle connait bien mes peurs actuelles. Et elle connait aussi ma vitesse d’accouchement.

Elle m’examine, me fait un décollement tout en douceur, je n’ai rien senti. Et elle m’installe le propess. Un petit tampon imprégné d’hormones pour lancé la maturation du col. Mon corps déjà entrainé devrait prendre la suite.

Il est 10h. Je renvoie mon mari auprès des 3 autres enfants. Si ça prend le temps, inutile de rester à 2 à se morfondre dans une chambre. Surtout qu’il fait 20 dehors, un temps magnifique.

A midi, je déjeune tranquillement puis je m’allonge confortablement. Je m’endors. Et je me réveille. 1 contraction mais je n’ai pas mal. Je m’assied, respire tranquillement, sourit et chante le mantra de la délivrance.

Et je me rendors. Toutes les 10mn, je me réveille ainsi et me rendors derrière. Je ne me rends pas compte, je suis en travail. Mais je suis dans ma bulle et tout va bien.

A 15h, premier petit coup d’épée dans ma bulle, une sage femme vient voir comment je vais. Je lui dis bien mais elle veut vérifier. « Vous êtes à 3, vous partez en salle de travail ». Euh, d’accord, j’appelle mon mari hein. Et le deuxième petit coup d’épée. La question « Vous voulez la péridurale ? » OK donc elle, elle ne connait pas mon histoire. Je lui réponds simplement que j’aimerais essayer sans. Bien sur, elle entendra autre chose 😦

Pendant que j’appelle mon mari, elle va chercher sa collègue. Oui, parce que je pars allongée dans mon lit ? Je ne sais pas pourquoi mais bon. Je reste toujours dans ma bulle malgré tout.

Je commence à tiquer quand on passe devant la salle nature sans s’arrêter. Je connais bien cette maternité et je sais que les autres salles sont réservées aux accouchements sous péridurale. Je continue de rester zen malgré tout. Dans cette salle, je retrouve mon amie. Et ma bulle explose avec sa phrase : « Finalement, tu prends la péridurale ? » « Non, je voulais essayer sans ! » Elle me regarde un peu désemparée. Visiblement sa collègue a fait passer un message différent. « Mais j’ai tout préparé ! » La phrase de trop. Celle qui va réactiver toutes mes peurs que j’ai mis 8 mois à combattre. Oui, pour la 1ère fois, j’ai peur d’accoucher. J’ai travaillé là dessus avec ma sage femme libérale pour avoir l’accouchement dont je rêve. Je n’ai pas eu de péridurale pour mes 2 derniers accouchements et le dernier m’a laissé un souvenir cuisant.

Ma bulle éclate définitivement. La douleur arrive. Je marche dans la salle de travail. De nature, je n’aime pas déranger. Mon amie ne le sait pas. Je suis embêtée pour elle. Du coup, plutôt que de me recentrer sur moi, je marche de long en large, bercée par ma douleur. Et je craque. Je dis oui à la péridurale. Plus tard, je débrieferais avec ma sage femme en libérale qui me déculpabilisera de cette décision.

Aussitôt, Christelle, ma sage femme, appelle l’anesthésiste. Je suis multipare, j’accouche très vite. Elle sait qu’il y a urgence. Et surtout l’anesthésiste n’est pas sur place.

Le temps qu’il arrive, elle me prépare. Je souffre. Mon mari arrive. Il m’accompagne dans ma décision. Il me soutient. Et l’anesthésiste gros con arrive. Il y en a 3 dans cet hôpital, je tombe sur le con. Qui sait mieux que la sage femme. Que ça emmerde visiblement d’être appelé pendant son golf. Du coup, il va prendre le temps de s’installer. Va faire sortir mon mari de façon péremptoire. Le carabin dans toute sa splendeur. S’il savait dans quel mépris je le tiens. Il me pique. Et part remplir ses papiers. Il n’a pas injecté le produit. Je vois que Christelle commence à tiquer. Elle sait que si l’on attend trop, la péridurale ne fera plus effet. Et j’ai mal. Au final, il envoie un bolus et se casse.

Bien sur, il est trop tard. Je vais souffrir en espérant que cette putain de péridurale fasse effet. Raté. Malgré ma douleur, je vais faire des blagues douteuses. Je vais plaindre les visiteurs de l’hôpital qui doivent m’entendre puisque la fenêtre est ouverte. De la même façon, je vais paniquer Christelle au sujet du monsieur monté dans l’arbre en face de la fenêtre qui a vue sur mon entrejambe. Mais non, y’a personne.

Je déchire le tee shirt de mon mari. Je lui broie la main. Je crie. Je plains la pauvre maman qui est dans la salle d’à côté et qui m’entends. Elle doit bénir sa péri, elle. A un moment, je suis au bord du lit, je manque de tomber, je refuse de bouger. Il leur faudra m’attraper pour me recentrer. Je me met à pousser tout doucement pour soulager ma douleur. Je n’en peux plus. Je pleure. Je suis dans la phase de désespérance. Quelque part, je le sais. Mon bébé va arriver. Je demande à Christelle comment accélérer. Elle me dit que je dois me mettre sur le côté. Vite, elle me bascule avec mon mari. Et cette pulsion, cette envie de pousser irrépressible arrive. Je pousse, ça brûle. 2 fois, 3 fois, je me penche, j’attrape mon petit.

C’est fini. Je n’ai plus mal. Sasha est arrivé à 17h44. Il est beau. C’est le portrait craché de son père. Comme les autres. Je m’en fiche. Je suis heureuse. Il est là.

Je pourrai finir mon billet là dessus. Sauf que.

Sauf que le cordon est moche. Gros, long, épais. Je le vois. Laurent a du mal à le couper. Christelle nous laisse un moment pour en profiter. Puis elle revient. Il est temps que le placenta sorte. Sauf qu’il ne veut pas. Je pousse, c’est difficile qu’il vienne. Comme les autres, je demande à le voir. J’ai une tendresse particulière pour cet organe qui a nourri mon fils. Sauf que lui aussi est moche. Très moche, irrégulier, d’une couleur pas franche. Christelle doute de l’avoir en entier. Elle préfère faire une révision. Tout en douceur, je ne sentirais rien, elle va chercher ce qui manque peut être. Je ne sens pas. La péridurale fait effet. Merci ducon.

Christelle commence à me poser un point sur une déchirure. Laurent décide d’aller appeler la famille. Il sort.

Sasha est sur moi en peau à peau. Moment de bonheur, de douceur. Le soir s’approche. Christelle remplit ses papiers dans la pénombre. Je regarde mon fils. Je pose ma tête. Je sombre. Je me rends compte que je m’en vais. Vite. « Christelle, prends Sasha, je suis en train de partir ». Elle comprend immédiatement. Elle attrape Sasha au vol. Appuie sur la sonnette d’alarme. Pose Sasha sous la lampe. Je m’enfonce.

On me parle, on me pose une nouvelle voie, on m’incline. La gynéco arrive. Les autres sages femmes et puéricultrices aussi. Je ne me rends compte de rien. On me demande de rester là. C’est dur. Laurent rentre dans la salle. Il ne comprend pas ce qu’il se passe. On lui met Sasha dans les bras et lui demande de se mettre dans le sas. Une élève sage femme reste avec lui. Un vent de panique souffle dans la salle. Je suis ramenée à moi par la douleur. Malgré la péridurale, la deuxième révision est atroce. Le gynéco a les yeux paniqués. Je suis en train de mourir.

J’ai fait une hémorragie de la délivrance. Importante. Très importante. Je suis dans une maternité de niveau 1. Pas d’embolisation possible. J’ai suffisamment repris mes esprits pour demander au gynéco ce qu’il se passe. Elle me répond que si je n’ai pas cessé de saigner d’ici 10 mn, je pars en urgences sur Bordeaux.

« Et Sasha ? » Mon cri du coeur. Christelle me répond que je partirai seule. Impossible pour lui de me suivre. Ok, je parle à mon utérus. Hors de question d’être séparé. Ca ou les médicaments ou le hasard, l’hémorragie est maitrisée.

Voilà. Mon accouchement et son long récit est terminé. Tout va bien. J’ai eu peur, je mettrai du temps à m’en remettre. Mais tout va bien. Et Sasha aussi. Mon dernier accouchement m’a laissé un souvenir doux amer. Je suis heureuse d’avoir Sasha qui est une vraie merveille. J’ai le regret que tout ne se soit pas passé tel que je l’aurais voulu mais je suis là et c’est l’essentiel.

Pour vous récompenser d’avoir lu jusqu’au bout, voici quelques photos de ce moment :

Sasha1

 

 

 

 

 

sasha2

 

 

 

 

 

sasha3

 

 

 

 

 

Au fait, le gynéco ne s’était pas trompé. 4Kg tout rond.

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6 réflexions sur “L’instant – 25 mars 2012

  1. c’est beau, une année passée si vite, joyeux anniversaire petit Sasha ( nb de me donner ton adresse. avec le déménagement c’est pas facile mais je veux t’envoyer un ptit truc ;))

  2. Que c’est émouvant, j’ai les poils dressés et les larmes aux yeux.. Et ces photos… ♥♥♥ (je la veux bien aussi moi ton adresse 😉 ) Encore plein de bisous à vous 2

  3. Des frissons, énormes. Plein de bisous à vous 2 !

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