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Parce qu'être parents n'est pas simple, une parenthèse un instant…

L’instant – 12 avril 2009

6 Commentaires

Oui, un nouvel anniversaire. Celui d’Aïnhoa. Peut être celui qui fut le beau, le plus fort. Celui qui fut le plus douloureux. Physiquement et moralement. Celui qui m’a laissé le plus de traces. Celui qui explique mes peurs pour ensuite celui de Sasha.

Et une fois encore, pour raconter la naissance d’Aïnhoa, je vais devoir remonter un peu le temps.

Je suis tombée enceinte le 8 juillet 2008. Oui précis, je sais quand j’ovule. Nous avions programmé notre mariage le 23 août. Sauf qu’entre temps, ma future belle mère est tombée dans les escaliers et est devenue tétraplégique. Oui, j’ai une vie simple et pleine de bonheur. Nous avons maintenu notre mariage mais il fut raté. Pour le bébé, il a décidé de rester avec nous. Une bonne nouvelle dans un océan de misères. Mais avec le coma, la rééducation, les soucis, j’ai oublié de m’occuper de mon nombril et de ce qu’il y avait dedans. J’ai donc accepté une choriocentèse qui m’a révélé que mon bébé allait bien et que c’était une fille. Pour le reste, j’ai vécu une grossesse entre parenthèse.

Ma belle mère s’est gentiment laissée aller pour mourir. Elle m’a juste fait la promesse de rester jusqu’à la naissance de la petite.

Naissance prévue pour le 10 avril. Le 7 avril ma belle mère fait un AVC majeur. Nous savons que c’est la fin. Le 10, je tente de la voir mais le service de réa n’aime pas les femmes enceintes jusqu’aux yeux. Blague à part, c’est moi qu’ils protègent. Et ma puce qui ne s’annonce pas. Dans ma mater, ils déclenchent à J+4. Le 11, nous allons à Ikéa. Soyons fous. Le 12 au matin nous allons faire le plein de courses. Je suis énorme, on me regarde les yeux ronds. En rentrant je dis à mon mari qu’il va falloir qu’il se dévoue. Je lui parle du déclenchement à l’italienne. Son enthousiasme se lit sur son visage. Mais bon. Il faut ce qu’il faut.

Le soir, on invite un ami pour le dîner. Chéri a pas trop le moral. Il sait que sa maman va décéder d’un jour à l’autre et qu’il va être de nouveau papa dans le même temps. Je ne suis pas dans sa tête mais vu la tempête dans la mienne, j’imagine un peu pour lui.

Ce soir là je vais manger un demi Caprice des Dieux. Oui, pas bien. Mais je me suis dit que c’était sans doute la dernière fois que je pouvais me goinfrer comme ça. Je vais me coucher tôt en laissant les deux hommes se mettre un peu la tête à l’envers. Je dors dans la chambre du bébé où il y a un divan depuis quelques jours. Je bouge beaucoup la nuit, je me lève souvent.

Je m’endors comme une bûche. Ca faisait longtemps que je n’avais pas dormi comme ça. A 1h je me réveille comme si c’était le matin. En pleine forme. Si on oublie la nausée. J’ai un mal de mer carabiné. Fichu fromage, ça m’apprendra à être aussi gourmande.

Je me lève dans l’espoir de vomir. Mais non. Je m’installe alors dans le salon devant la télé. J’attends que le sommeil revienne. A 2h une contraction. J’en ai régulièrement depuis le 4ème mois. Donc je relativise. 2H20 encore une. Elles reviennent. De plus en plus souvent. Toutes les 10mn. Mais elles ne sont pas douloureuses alors je compte et j’attends. Toutes les 8mn. Toujours pas douloureuses.  Mais comme j’ai accouché 20mn après le début des contractions douloureuses la dernière fois, on va peut être envisager le départ. Il est 5h30. Je vais réveiller mon mari. Je pars sous la douche. Je retourne réveiller mon mari. « Mais elle peut pas arriver dans la journée ? » Non, visiblement elle peut pas.

Je pars appeler la baby sitter pour venir garder les 2 autres. Je vais réveiller mon mari. Contractions toutes les 5mn. La baby sitter arrive. Je vais réveiller mon mari. Oui 4 réveils seront nécessaires. Il est 6h15, nous partons enfin. Les contractions reviennent régulièrement peu douloureuses. 20mn nous sommes dans le service de maternité. La sage femme m’examine. A peine à 1, les contractions sont là mais bon… J’apprendrais plus tard qu’elle a parié pour un accouchement que le lendemain. Elle décide de me garder mais direction la chambre. Je demande si la salle nature est dispo. Oui, ouf ! Il est 7 h. Je rentre dans la chambre.

Tout de suite, l’intensité des contractions augmente. Je souffle, j’essaye de rigoler. J’y arrive déjà plus. J’écoute de la musique, je m’assieds sur le ballon. En vain, rien ne me soulage. Mon mari appelle la sage femme. Vous voulez la baignoire ?

Petite aparté : Dans ma maternité, on peut accoucher dans l’eau. Je ne sais pas nager, l’eau n’est pas un élément familier mais je veux accoucher dans l’eau.

Oui, je veux la baignoire !!!! Elle m’informe que les contractions et le travail risque de ralentir. Je SAIS ! Il est 7h40. Elle revient me chercher. Il est 8h, la baignoire est quasi pleine. Je rencontre la sage femme qui m’accompagnera. Christelle, qui deviendra une amie et qui sera là pour Sasha 3 ans plus tard.

Je rentre dans la baignoire, il doit être à peine 8h. Je n’en bougerais plus. Je ne pourrais pratiquement plus bouger, crucifiée par une douleur inhumaine. Christelle m’expliquera plus tard que j’ai sans doute exprimé tout le chagrin accumulé pendant les 9 derniers mois. Durant tout ce temps où je vais crier puis hurler, pleurer puis sangloter, supplier, arracher la main de mon mari, elle va m’accompagner de ses paroles, de ses encouragements.

Je vais très vite rentrer en phase de désespérance. Sauf que je ne vais pas la reconnaitre. Elle si, heureusement. Je vais supplier pour avoir la péridurale. Elle va me dire que ce n’est pas possible dans la baignoire. Je vais implorer pour avoir du protoxyde d’azote. Impossible encore, il faudrait que je sorte.

Il est 9h. Tout à coup, je n’entends plus rien. Je panique. Christelle doit appeler du renfort, je cherche à me sauver. Je ne suis plus qu’un animal que la douleur rend folle. Et puis, cette envie de pousser qui arrive. Je ne vois plus rien, je ne sens plus de douleur.

Je pousse en expirant, tout en douceur presque. Elle arrive. 1 fois, 2 fois sur la 3ème poussée, je la vois qui arrive. Elle est encore dans l’eau. Son corps pivote en sortant. Elle ouvre les yeux et nous échangeons notre 1er regard. Un instant d’éternité. Je me penche. Je l’attrape. Je la sors de l’eau. Contre moi. C’est fini. Plus de douleur. De la joie. Que de la joie.

Je devrais sortir pour la délivrance. Mais j’ai mon bébé contre moi. Je me sens bien. En pleine forme même.

Je garde un souvenir mitigé de cet accouchement. Christelle se souvient d’un accouchement magnifique. Moi je me souviens d’un accouchement douloureux. D’ailleurs à l’époque, je me souviens avoir dit que le prochain, ce sera avec péridurale. Je garderais une peur de la douleur qui rejaillira lors de la naissance de Sasha.

Avec le recul, je crois que cette douleur était nécessaire. Je ne m’étais pas occupée de cette petite durant le temps de ma grossesse. La douleur m’a rappelé qu’elle était là et qu’elle avait besoin de moi. Je crois aussi avoir pleuré pour notre malheur, notre souffrance. Et plus basiquement, parce que je suis passée de 1 à l’expulsion en 2h.

Je suis sorti de la maternité le 14 avril à 11h. Cet après midi là, à 15h, mon mari donnait son accord pour débrancher sa maman des machines qui la maintenait en vie. Elle s’est éteinte vers 16h.

Aïnhoa est née le 12 avril 2009 à 9h11 et c’est tout ce que nous retenons comme date pour le mois d’avril. Un moment intense de joie et de bonheur

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6 réflexions sur “L’instant – 12 avril 2009

  1. Des bisous ma belle ❤❤❤💋

  2. J ai lu, j ai pleuré.
    Plein de bisous

  3. Pingback: L’instant – L’amitié, la seule, l’unique | instantdeparents

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