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Parce qu'être parents n'est pas simple, une parenthèse un instant…

L’instant – Comment tout a commencé

25 Commentaires

Gabriel est né le 28 mai 2007 à 3h56. Un grand et beau bébé. Arrivé le jour J comme une fleur. Le portrait craché de son père.

Nous sommes en fusion totale. Il ne dort que contre moi et avec moi. Il tète. Beaucoup et souvent. A 4 mois, je commence à m’interroger. Il ne me regarde pas. Je ne dis rien. Je passe déjà pour une mère anxieuse et angoissée, je n’ose plus interroger le pédiatre. Mais il ne sourit pas non plus. D’ailleurs quand je réfléchis, il n’a même pas souri aux anges.

A 6 mois, je suis épuisée par des nuits où je sers de tétine de 23h à 5h du matin. Même en cododo, je ne parviens pas à me reposer. A l’époque, je pratique peu les réseaux sociaux. Je demande de l’aide à mon pédiatre qui me donnera comme ordre de le sevrer. Du jour au lendemain. Et comme une conne que j’étais à l’époque, je l’ai fait. Sevrage le soir même. Et pour faire bonne mesure, sur demande toujours de ce cher pédiatre, il doit dormir dans son lit. Quand j’y repense, il n’a au final que peu pleurer de se retrouver ainsi tout seul du jour au lendemain.

A 8 mois, il ne sourit pas. Il ne babille pas. Il ne me regarde pas. Moi ou les autres. Cette fois j’en parle au pédiatre. « Mais arrêtez donc de vous angoisser pour rien. Il va très bien cet enfant. Et puis ne comparez pas. Votre fils, ce n’est pas votre fille. Tous les enfants sont différents ». Aujourd’hui j’ai envie de lui dire « T’avais raison connasse, mon fils est différent. Dommage pour lui que l’enfonçage de portes ouvertes soit ton 2ème métier ».

Gabriel a 10 mois. Il marche. Nous déménageons. Je suis de nouveau enceinte.Gabriel a 16 mois. Nous rencontrons un nouveau médecin. Qui m’interroge. « Il fuit toujours le regard comme ça ? » Oui toujours et maintenant il hurle. Il ne parle pas. Il joue seul. Et il hurle. Dès que je dis non, que j’interdis, que j’empêche. Il hurle beaucoup et très fort. Ce médecin nous assène en moins de 2 consultations « Il est autiste, je vous ai pris rendez vous au CHU avec un neuropsy ».

OK Prends tes larmes, ton gros bidon et ton fils et va donc voir ce spécialiste. Celui ci va nous recevoir 20 minutes. Qui lui seront suffisantes pour poser un « diagnostic ». Mon fils n’est pas autiste (malgré pas mal de stéréotypies), non, ce cher spécialiste « J’appelle ça le syndrome de Peter Pan. Votre gosse refuse de grandir. Faites le sortir de vos jupes, mettez le donc à la crèche et il ira beaucoup mieux ».

Il est assez fou de se rendre compte du nombre d’incompétents, pédants que l’on peut rencontrer dans le monde médical et para médical. Ceci dit, on leur fait confiance, on les croit. Une fois encore, on repart avec ses larmes, ses doutes, sa culpabilité.

Gabriel a 18 mois. Il rentre à la crèche. Chaque jour qu’il passera là bas il faudra l’arracher de mes bras hurlant, désespéré. Chaque jour, je partirai de là bas, malade, triste, les yeux plein de larmes. Les mots des extraordinaires puér qui me répéteront encore et encore « une fois que vous êtes partis, tout va bien, il se calme » n’y feront rien. Je sens au fond de moi que quelque cloche.

Gabriel a 21 mois. Je suis enceinte jusqu’aux yeux. Je fais 1h20 de route 1 fois par semaine pour l’emmener voir un psychologue que l’on m’a chaleureusement recommandé. Il ne parle pas. Il joue. Avec le recul, je me rends compte que ce psy a tenté de rentrer en contact via des jouets avec Gabriel. Mais Gabriel n’a pas voulu. Après une interruption de quelques semaines pour me laisser accoucher, je reprends mes allers et retour, avec mon bébé. Et Gabriel qui hurle. 50€ toutes les semaines. Pour s’entendre dire que je l’ai sans doute sevré trop vite, trop tôt. Que je ne parle sans doute pas assez. Ou trop. Visiblement, on ne sait même plus quoi me reprocher. Gabriel a 2 ans passés. Et il enchaîne les otites. Tous 15 jours, en plus des séances psy, je fais médecin généraliste. Qui rigole quand je me met à pleurer dans son cabinet à son diagnostic d’une énième double otite. Parce que Gabriel refuse de prendre ces foutus antibiotiques dégueulasses. Que je vais devoir l’immobiliser pour lui faire avaler. A la 7ème, je prends rendez vous chez un ORL. Qui diagnostique, parallèlement à sa 8ème double otite, des otites séreuses sévères. Gabriel n’entend pas. Ou mal. Ce diagnostic et la décision de l’opérer signera le glas du psychologue à 50€. En effet, celui ci recommande de ne pas opérer.

Gabriel n’a pas encore 3 ans, nous avons vu plus de psy, médecins que bien des parents. Le seul mot qu’il prononce c’est rocho pour voiture. On m’a jugé, angoissé, culpabilisé au possible. Je passe sur la pédiatre qui est persuadée que « la place du petit 2ème n’est pas facile ».

Mon fils, mon adoré, tu as aujourd’hui bientôt 7 ans. Nous mettons des mots sur tes cris. Nous pensons comprendre ce qui ne va pas. Mais tu as eu un bien mauvais départ dans la vie. Ce n’est pas faute d’avoir voulu t’aider mon trésor. Mais ils n’ont pas voulu écouter. Et nous en payons les pots cassés tous les jours. Surtout toi.

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25 réflexions sur “L’instant – Comment tout a commencé

  1. Comment est il possible qu’encore et toujours les »specialistes » cherchent du cote de la mere… Comme si tout etait toujours de sa faute. Comme si on etait toujours trop ceci ou pas assez cela. Jamais de cause exterieure. Toujours la mere. Comme si la culpabilite de voir son enfant pas bien ne suffisait pas.
    Toutes ces demarches sont autant de preuve d’amour pour gabriel. Que tu n’en doutes pas. Jamais. J’aimerais tellement pouvoir faire quelque chose pour t’aider. Je ne peux que te dire que j’admire ta force et ta perseverance. Un jour tout ceci paiera.

    • Merci J’espère qu’un jour j’apercevrai le bout du tunnel Je me serai bien passée de perdre tout ce temps mais je suppose que c’est comme ça
      Commenter, être là, rire ou pleurer avec moi m’aide énormément
      Merci

  2. Oh la boule que j’ai au bide en te lisant…
    tout le mal que l’on t’a fait, que l’on a fait à Gabriel. Courage à toi, à Lui, à vous!

  3. Tout est si clair dans ton esprit. Gravé. Gravées a jamais ces souvenirs douloureux.
    J’espère sincèrement que tu trouveras un jour qqun qui, au lieu de te faire regarder vers le passé en pleurant, te permettra de regarder l’avenir en souriant.

    • Chaque parole, chaque étape restera toujours gravé dans ma mémoire
      Je crois que nous commençons à avoir les bonnes personnes qui nous entourent Je suis un peu plus sereine face à l’avenir Nous avançons doucement mais surement
      Merci

  4. Tant d’incompétence des spécialistes… Aucune remise en question de leur côté! Si peu d’écoute pour toi… Je t’envoie pleins de câlins…

  5. Vous avancez tout doucement mais vous avancez ❤

  6. J’ai les larmes aux yeux en lisant ton billet ! Culpabiliser la maman/les parents est la pire chose qui puisse être faite ! Juste quarante ans de retard…Ce que je vois, c’est que vous avancez à plus grand pas ces dernières semaines ! ❤

  7. Je suis émue en lisant ton billant. C’est tellement fort tout ça. Plein d’amour, mais d’angoisse, de tristesse et de solitude aussi… Et puis je suis agacée aussi. De ces bien pensants qui n’ont peut être pas envie de se fouler plus que ça. Ou qui veulent asseoir leur toute puissance médicale sur cette pauvre mère qui fragilise elle-même son enfant pour le garder en son sein comme un bébé. Ou qui simplement n’écoutent pas, n’entendent pas. Et toi tu payes. Ton enfant paye. La famille paye.
    Mais 7 ans plus tard, vu comme ça, vous avez tellement avancé. Ta ténacité et ton instinct de maman ont fini par payer… C’est énorme déjà, tout ça… ❤

  8. Parfois qu’est ce que je déteste ces médecins…. (fille d’un chirurgien qui dit ça) mais parfois ils comprennent rien ne veulent rien voir car ça ne rentre pas dans leurs cases….. presque 14 mois que j’ai la haine de tout ça.

  9. Hello, je découvre ton blog par le biais de cet article qui m’a pris au ventre… du coup, je suis allée faire un ptit tour sur le reste du blog 😉
    je vais continuer à te lire 🙂

    • Bienvenue chez moi J’espère que tu t’y plairas Il y a encore beaucoup de larmes mais avec le temps j’espère qu’il y aura de plus en plus de joie 🙂
      Bonne lecture et merci

  10. Sont fatiguants ces medecins.. la mere est toujours en cause! quoi que l on fasse ce n est jamais bien!! usants..
    et que d incompetents, mon dieu, il n a pas eu de chance ce ptit bonhomme personne ne l a compris
    vous etes courageuses tout ces allers retours,
    vous le comprennez, il ne vous en veux pas
    une bonne continuation a vous tous

  11. Un magnifique billet.
    Beaucoup de bisous 🙂

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