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Parce qu'être parents n'est pas simple, une parenthèse un instant…

L’instant – Cette histoire ne m’appartient pas

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J’en suis l’une des actrices mais cette histoire ne m’appartient pas. Elle appartient à ma fille. Elle m’a demandé d’en parler. Ca reste difficile pour moi. Sans doute car j’ai le sentiment de porter une part de responsabilité dans ce qu’elle vit.

J’avais déjà évoqué les troubles qu’elle développait. Le handicap de son petit frère, des parents qui ne communiquent plus ensemble, une famille recomposée où elle a du mal à se reconnaître. Elle a commencé à se scarifier en 6ème. Pratique qu’elle a vite arrêté. Encore un ou deux petits coups de ciseaux en 5ème. Et puis la 4ème. Le harcèlement. Un proviseur inopérant. Un harcèlement violent. Quotidien. Je lui avais proposé de partir de ce collège. je comprends que l’on puisse choisir la fuite dans ces cas là. J’ai vécu cela. Et j’ai pu fuir (j’ai emmené les démons mais c’est une autre histoire). Mais non, elle est restée. La fin de l’année est chaotique.

Elle part. A la fin de sa 4ème, pensant la soulager, l’aider je l’autorise à partir vivre chez son père. Ma confiance est très limitée. Mais je crois oeuvrer pour son bien.

Dès son retour aux vacances d’octobre, je vois les cicatrices sur son bras. Je tente d’entrer en contact avec son père. Je sais que c’est grave. Que ça va dégénérer. Son père refuse. Malgré tout, elle lui en parle. Un peu. Elle minimise peut être. Et lui ferme consciencieusement les yeux. Ca prend du temps de s’occuper d’une ado en souffrance.

En décembre, je menace ma fille d’une hospitalisation. Elle refuse. Me sentant coupable, je n’ose insister. Et puis je reste persuadée que si je n’estime pas l’homme qu’est son père, je crois encore qu’il fait le nécessaire pour sa fille.

En février, les choses semblent aller un peu mieux. Je tombe de ma chaise aux vacances de Pâques. Ma fille ne va pas bien. Du tout. Je le vois. Je le sens. J’entraperçois ses jambes. La veille de son départ, une crise éclate. Elle utilise des mots durs. Elle me dit qu’elle se sent seule. Qu’elle n’a pas de famille. Qu’elle est malheureuse ici. Là bas. Comment ça là bas ? Je ne comprends plus. Je croyais que c’était la solution à son mal être.

Malgré tout, je la laisse repartir. Sauf que je vais prendre des renseignements. Et cette fois ci je vais tomber de mon armoire où j’étais très loin perchée. Le père de ma fille est un manipulateur pervers. Ou pervers narcissique. Ou ce que l’on veut. Il ne s’occupe pas d’elle correctement. Il lui dit des choses qui la blessent. Il se sert d’elle pour se valoriser. Cette personnalité pervers va si loin qu’une des personnes que j’ai contacté utilisera ce nom, manipulateur pervers, reconnaitra son départ de cette maison pour se protéger et protéger ses enfants, tout en le parant de qualités parentales visiblement absentes. Le 119 contacté me confirmera la nécessité de la ramener en urgence. Elle est en danger.

J’ai donc pris la décision de la ramener. Sans lui demander son avis. Même prête à aller la chercher. Finalement, je la fais rentrer à la faveur d’un week end. Ma fille a très peu apprécié. Durant 12h. Ensuite, je ne sais pas pourquoi, elle change d’avis. Elle se range à mon avis. Nous allons beaucoup parler. D’elle. De son père. De son impérieux besoin de se mutiler. Parce que si l’on pouvait parler de scarification, désormais il s’agit bien de mutilation. D’ailleurs, à la faveur d’une inattention de ma part, elle va me voler une lame de bistouri. Et un coup de fil culpabilisateur de sa grand mère paternel va une fois encore la faire basculer. Elle se coupe profondément. Je vais la soigner. Parce que dès la 1ère heure je sens ce qu’elle a fait.

Ma fille va être hospitalisée en urgence au centre Abadie. La psychologue qu’elle a rencontré lui reconnaît de très grandes ressources. Parce que ses notes ne sont pas catastrophiques. Parce qu’elle n’est pas encore passée à l’acte. Elle m’a confirmé que c’était devenu une urgence vitale.

Jusqu’à ce rendez vous au centre Abadie, le père de ma fille n’avait pas de contact avec elle. Une façon de la culpabiliser un peu plus. Je l’ai prévenu qu’elle allait être hospitalisée. A la suite de mon appel, il a refait surface. Ma fille s’est de nouveau éloignée de moi. Elle considère les quelques mois d’été qui s’annoncent comme une parenthèse dans sa vie. Qu’en septembre elle retournera chez son père. Beau travail papa. Une fois encore, manipulation, mensonge, culpabilisation ont bien fait leur oeuvre.

Sauf que cette fois ci, moi, contrairement aux 25 dernières années, je ne me laisserai pas manipuler. Je vais prévenir les intervenants du centre Abadie. Sur tous les aspects de cette histoire. Je refuse que ma fille fasse une fois encore les frais d’une personnalité déviante. Elle a assez souffert.

Voilà. Un long billet pour raconter cette histoire. Pour alerter aussi. Pour alerter sur les méfaits du harcèlement scolaire. On lit des articles dans les journaux, on entend parler au journal télévisé les histoires de ces enfants qui sont passés à l’acte suite au harcèlement de leurs condisciples. Un jour ça vous touche. En pleine poire.

Et puis un long billet pour dire à ma fille que je vais me battre pour elle. Je m’y suis engagée verbalement devant elle. Je m’y engage ici. Parce que tu es une gamine extraordinaire. Parce que je t’aime. Parce que tu ne mérites pas ce qu’il t’arrive. Parce que tu mérites le meilleur.

Cette histoire ne m’appartient pas. Il s’agit celle de ma fille. Et nous allons écrire ensemble un nouveau chapitre. Un beau chapitre. Un chapitre d’espoir.

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14 réflexions sur “L’instant – Cette histoire ne m’appartient pas

  1. Ta fille est forte et extraordinaire. Parce qu’elle a une maman forte et extraordinaire.
    Je me sens impuissante, mais je vous envoie depuis mon clavier des tonnes de pensées positives.
    La plus belle des pages reste à écrire.

  2. Tu as une force extraordinaire et beaucoup de courage !
    Je suis sure qu’elle, que vous allez tres bien vous en sortir, j’en suis persuadée
    Je t’embrasse, toi et ta fille

  3. Avec un super tel que toi et tout ton amour, ta fille saura a trouver son havre de paix dans cette lutte qu’elle s’apprête à vivre ! Plein de courage à vous 2

  4. Mes parents, trop englués dans leurs problèmes personnels, ne m’ont jamais proposé, et n’ont pas accédé à ma demande, de changer de collège. 2 ans de harcèlement, c’est long. Surtout quand l’ambiance à la maison n’est guère meilleure.
    Tous les jours, quand j’étais seule chez moi, je passais devant l’armoire à pharmacie. Parfois je l’ouvrais, je me demandais ce qu’il faudrait prendre pour que ça marche … Mais j’avais peur que ça fasse très mal ou que ça soit irréversible. Je voulais juste qu’on m’entende.

    Ta fille a déjà de la chance d’être entendue.
    Bon courage à vous pour cette nouvelle page qui vous demandera de la force et de la persévérance.
    Gros bisous !

  5. Force et courage vont vous porter vers des jours meilleurs. Je vous le souhaite très fort car vous avez pleinement conscience de la situation, ce qui est le plus important. Des bises et bonne chance.

  6. De la force, du courage et de l’amour, voilà ce que je vous souhaite à toutes les deux. Que les petites pierres construisent une maison forte et solide.

    • Merci beaucoup Oui je compte sur les petites pierres que je dispose autour d’elle pour qu’elle monte les murs de l’endroit où elle pourra se réfugier

  7. bonjour

    Je suis sortie de ce shéma destructeur de manipulateur perverse. lisez Isabelle Nazare Higin, allez aussi sur le site http://audonia.blogspot.com/ ca aide beaucoup. Si vous voulez plus d’information, je peux vous faire un mail. bien à vous, et bien des pensées à votre fille. On en sort. ca marche. j ai maintenant 39 ans, et une vie que je trouve jolie jolie. on en sort.
    courage

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