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Parce qu'être parents n'est pas simple, une parenthèse un instant…


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L’instant – Culpabilité

Lundi, j’écoutais la radio et elle rediffusait un extrait d’une interview d’un enfant gravement malade. Celui ci avait un discours très mature pour son âge qui consistait à dire « Y’a pire » »Faut pas baisser les bras » »Faut pas se plaindre ».

De nature, je ne me sens pas coupable. Je pense que ce n’est pas constructif. Soit j’ai tort et je tente de réparer. Soit j’ai raison et je n’ai aucune raison de culpabiliser. Oui, je sais. C’est assez binaire mais je suis comme ça. La culpabilité vient souvent avec la maternité. Avec ma première fille, j’ai continué à fonctionner comme ça. Je répare et je vais de l’avant. Ou je vais de l’avant.

Quand G est né, je pensais continuer aussi. Sauf que son comportement déroutant, ses soucis avec nous ont fait que j’ai été très vite confrontée à des soignants au mieux indifférents, au pire culpabilisants. Je me suis battue contre cette culpabilité qui prenait racine peu à peu. Et on pourrait penser que la pose d’un diagnostic, puis d’un deuxième l’aurait apaisé. Bah non. J’ai un enfant handicapé. Et c’est moi qui l’ai mis au monde.

Et puis maintenant il y a ma culpabilité à moi. Celle que je crée toute seule, comme une grande. Parce que G est autiste de haut niveau, sans atteinte intellectuelle ni verbale. D’ailleurs si vous le croisez, vous ne le verrez pas. Il n’a pas de stéréotypies. Il ne fait pas de flapping. Sa voix est bien posée, son débit naturel. Alors je culpabilise.

Oui oui. Je culpabilise du fait que mon fils ne soit pas assez handicapé. Face à tous les enfants que nous rencontrons, nous devons nous estimer chanceux. Il n’est pas comme ci, pas comme ça. Regarde, il est pas comme ça ton fils. Au delà du fait que j’adore le « ça », j’apprends dans la douleur que je n’ai pas le droit de me plaindre.

L’enfant que j’ai entendu lundi ne disait pas le contraire. Après tout G ne mourra pas de son petit handicap. Il pourra sans doute être autonome. Etre amoureux. Avoir des enfants. Bon je plains sa femme ou son mari. Mais en fait, il y a bien pire que G.

Et histoire d’en rajouter, je culpabilise de me plaindre sur les réseaux sociaux, ici, au téléphone, de son comportement, de ses crises, de mes allers retours, de ma fatigue.

Cette culpabilité, c’est moi qui la crée. J’ai bien conscience que personne ne me dit quoi que ce soit. Ou alors c’est juste suggéré, sous entendu. Mais jusqu’à il y a peu, les sous entendus je m’en fichais. Désormais, ils alimentent mes ressentis négatifs.

Et la culpabilité est exponentielle. Désormais je culpabilise pour ma deuxième fille pour laquelle je ne suis pas assez disponible. Je culpabilise pour mon tout petit dont je n’ai plus la patience de supporter le comportement. Bref, je culpabilise.

Je ne sais pas quoi faire de cette culpabilité. Je ne peux plus me plaindre. Après tout, j’ai de la « chance ». Je la porte, soigneusement camouflée sous mes sourires. Je tente de me raisonner. Mais pour l’instant, à part quelques professionnels qui reconnaissent notre souffrance, nos doutes, nous sommes seuls avec notre enfant. Presque normal. Parce qu’il faut avancer sans se plaindre. Parce qu’il y a pire.

PS : Je sais. J’avais dit que j’arrêtais d’écrire. Sauf que j’ai des kilos de mots qui me chatouillent et que je ne sais pas où les mettre.

PS : Petit à petit, je vais sécuriser par des mots de passe les billets qui concernent G. Parce que plus tard, il voudra peut être qu’on ne parle pas de lui comme l’autiste qui n’en est pas complétement un. Il voudra peut être que son histoire reste intime. Et je n’ai pas le droit de lui imposer ce non anonymat.

PS : De la même façon, je vais retirer leurs prénoms pour ne laisser que leurs initiales. Et leurs photos. Qu’ils retrouvent un anonymat qu’ils pourront lever s’ils le souhaitent. Une fois adultes.

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